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Il me dit alors que ça serait beau, une sorte d'Ailleurs que l'on ferait plus haut. &Je lui demandais de m'abandonner la, sur ce chemin étroit rempli de pierres pointues. Il avancerait sans moi, maintenant. Il inclina la tête, souriait tendrement. Il me promis que je comprendrais une fois plus grand. Mais moi c'était maintenant que j'avais besoin de comprendre, car pour le moment, plus tard n'existait pas. Je fronçais les sourcils, d'un air trop effronté, & il m'ordonna d'oublier. "C'est quoi l'oubli?" Demandais-je timidement. Il éclata d'un grand rire, franc & monotone, en entendant le son brisé de ma voix. "C'est une invention de l'Homme", ajouta-t-il après quelques instants. &Voyant mon visage s'assombrir un peu plus, il repris tout bas : "L'Homme, c'est ton semblable. Celui qui avant toi a crée. Par lui, à travers ces même états, cette même matière qui t'entoure en ce moment même. Il a pensé, inventé, rassemblé. Pour toi". &Je restais silencieux un temps. Dans ma tête, toute sorte d'images, de paroles & d'idéaux tournoyaient. J'essayais en vain de leur attribuer un sens, une direction, ou même un semblant de vérité. En vain. Comment aurait-il pu créer pour moi, s'il ne savait pas que j'existerais? J'ouvrais à peine la bouche, une nouvelle question toute prête a dépasser mes lèvres, mais il m'arrêta d'un geste de la main. "Écoute" me dit-il simplement. Je n'entendais rien d'autre que ce bruit lourd & singulier que produit le silence. Comprenant pourtant que je ne devais plus parler, j'écoutais attentivement. J'entendais au loin le bruit des vagues qui se déferlent sur les rochers, le vent s'engouffrant brutalement dans une grotte en contre-bas, l'écho de nos paroles percutants de plein fouet la falaise. "mais.." m'écriais-je soudain. Je retiens mes paroles à temps. Il me fit signe de continuer, & un peu plus calmement, je lui expliquait que j'avais entendu. Il me demanda de lui décrire. J'entrepris de dépeindre la pierre luisant au contact de la mer, le gouffre gigantesque qui s'étalait devant mes yeux. Au bout de quelques minutes, je ressenti pourtant une certaine frustration. "Tu sais, lui dis-je je n'arrive pas à trouver des mots qui s'accordent à tout ça". Alors qu'il faisait mine de regarder l'horizon, je continuais avec un peu plus d'assurance. "Oui, je vois, je sens, mais je ne sais pas quel mot doit aller avec quelle chose. J'ai écouté, & j'ai entendu, mais quand j'ai rouvert les yeux, plus rien n'existait. Il n'y avais que cette étendu d'herbe verte qui nous entoure, un rayon de soleil & le lointain chant des oiseaux. &Je voudrais t'expliquer tout ce que j'ai vu, mais je n'ai pas les mots, & toi tu ne voyais pas. Tu ne sais pas!".
Je repris ma respiration. J'avais parlé bien trop vite. Je cru l'espace d'un instant qu'il ne parlerait plus, & j'attendais encore. Il détourna son regard & pour la première fois, je cru percevoir dans ses yeux une once de fierté. "Mais je sais pourtant" me dit-il d'une voix forte & tremblante. "Je sais ! Chaque détail, je l'entrevois. &Pourtant, tu as raison. Je ne le voyais pas. J'avais dans ma tête une toute autre Illusion. Il n'existe pas de mot pour me prouver à quel point tes Images étaient belles. Je n'ai qu'une part de réel pour m'aider à les saisir, à leur donner Couleurs & Vie." Il se redressa encore un peu. J'avais eu l'impression que sa tête pourrait toucher le ciel, tout la-haut, ce ciel tout bleu que je voyais immense. "Infini" m'avait-il un jour dit. &Devant mon regard interrogateur, il avait ajouté "Le ciel est infini. Ou que tu ailles, quoi que tu fasses, il te suffira de lever la tête & de l'observer. Il sera toujours la. Il enveloppe la Terre. La Terre, c'est cette boule sur laquelle tu marches. Un jour, je te promet de t'emmener. Nous en ferons le tour."
Depuis j'avais attendu, j'avais rêve chaque soir que l'on irait demain. Pour voir le ciel, & vérifier par moi-même, si plus loin, il est toujours aussi bleu.
Je me sentais un peu faible à présent. Je rouvris les yeux pour la deuxième fois. Il se tenait devant moi & m'observait à la dérobé. Il sourit faiblement & une fois toute mes pensées rassemblées, je lui demandais "mais pourquoi est-ce que lorsque tu fermes les yeux, tu ne vois pas les mêmes choses que moi?".
Il inspira longuement. J'eus peur qu'il ne veuille plus parler, comme il me l'avait déjà souvent dit. "Je ne sais pas." Cette fois pourtant il reprit, d'un ton qu'il aurait surement voulu moins enjoué. "C'est grâce à Elle! Elle est propre à chacun mais commune à tous, & lorsqu'elle te visite, elle souffle en toi de nombreuses images, pensées, ou sentiments. Elle s'appelle Imagination."
Je fronçais à nouveau les sourcils. "C'est un joli nom, repris-je alors. Mais moi, ta Elle, je ne l'aime pas." J'ose croire que ma remarque le bouleversa, car il se retourna ensuite vers moi, de tout son corps, comme s'il avait voulu être le premier à saisir mes paroles. Ses grands yeux sombres ne lâchaient plus les miens. J'hésitais ensuite, de peur de lui faire mal. Il m'avait appris à ne pas faire de mal, à ne blesser personne. &Pour rien au monde je n'aurais voulu le décevoir, surtout pas maintenant! J'eu cependant l'impression qu'il attendait. Je poursuivis alors, un peu moins assuré: "Je ne l'aime pas, car elle me fait voir des choses que personne ne voit. &Que cela m'éloigne de toi."
J'aurais souhaité qu'il sourit une fois de plus, mais il n'en fit rien. Il me murmura très sérieusement "Aime la pourtant, envers & contre tout. Elle est tout ce qu'il te reste pour rêver encore un peu. Elle ne nous éloigne pas, au contraire ! Elle nous fait voir des choses différentes, pour qu'alors nous puissions les assembler, & les comprendre ensemble." Je n'osais pas le contredire. J'admirais encore un peu la force avec laquelle il savait apprendre. &Comprendre. J'aurais voulu lui dire, ou simplement m'enfuir. Je restais pourtant la, ma main serrant la sienne. Je ne sais pas vraiment ce qu'il me passait par la tête à présent, tout me semblait un peu flou. Je sentis quelque chose de chaud couler le long de ma joue. C'était étrange, je n'avais pas mal. Il me regarda encore, &sourit enfin. "Tu sens, ce pincement qui te déchire le c½ur? N'en ai pas peur. Il est la preuve que tu vis bien fort. Ça s'appelle un sentiment, vois-tu? Tu apprends un jour à les apprivoiser."
Je m'arretais un instant. J'aurais voulu pouvoir encore écouter le bruit du vent. Mais je ne le trouvais nul part. Je serrais sa main fort dans la mienne, & me soulevant dans les airs, il m'expliqua: "Tu sais ce chemin, dont je t'ai parlé. Il est bien sombre pour un c½ur comme le tien. Il est bien pentu pour des jambes frêles comme les tiennes. Il y fait froid, & tu n'es pas couvert."
Sa voix se brisa sur ces dernières paroles. Je n'osais plus répondre. &Pour la dernières fois il rompit le Silence: "Mais je tiendrais ta main & je te réchaufferais. Tes jambes grandiront, & ton âme illuminera l'obscurité autour. Car ce chemin, tu dois l'emprunter. &Tu verras au bout que l'herbe de l'autre coté sera plus verte qu'ici. Que tu ne rêveras plus de mer, tu l'as verras enfin. &Ce Ciel bleu d'en-haut, tu l'atteindras un jour. Tu avanceras bien seul, écorché mais heureux. &Je tiendras ta main, tu n'auras jamais peur. Alors reviens demain, nous marcherons ensemble. &Retiens bien son nom, ce chemin s'appelle Vie."
20 . 07 . 2009
K. x